Pourquoi adopter le modèle de l'économie circulaire ?
1. Le modèle linéaire est révolu
Depuis la révolution industrielle, l’économie mondiale fonctionne selon un schéma simple et profondément ancré : extraire, fabriquer, consommer, jeter. Ce modèle dit « linéaire » a permis une croissance économique mondiale spectaculaire, mais il repose sur une hypothèse aujourd’hui insoutenable : l’abondance infinie des ressources naturelles.
Les chiffres sont sans appel. Au cours des cinquante dernières années, la consommation des ressources naturelles et des matières premières par l’humanité a été multipliée par dix. La production mondiale de déchets devrait augmenter de 70 % d’ici à 2050 si rien ne change. En France, ce sont 310 millions de tonnes de déchets qui ont été produits en 2020, tous producteurs confondus. Et selon le plan d’action européen pour l’économie circulaire, la moitié des émissions totales de gaz à effet de serre et plus de 90 % de la perte de biodiversité et du stress hydrique résultent directement de l’extraction et de la transformation des ressources.
Pour les entreprises industrielles, ce constat se traduit concrètement : volatilité des prix des matières premières, tensions sur les approvisionnements, pression croissante des donneurs d’ordre, durcissement des exigences réglementaires. L’économie linéaire expose les entreprises à des risques systémiques qui menacent leur résilience à moyen terme.
2. Des enjeux de durabilité au cœur de la stratégie globale de l'entreprise
L’économie circulaire n’est pas seulement une réponse aux contraintes environnementales. C’est une opportunité de transformation profonde du modèle d’affaire. Pour les entreprises qui s’inscrivent dans une démarche RSE structurée — notamment selon la norme ISO 26000 —, les enjeux de durabilité s’inscrivent dans une transformation du pilotage des activités par une gouvernance responsable, des relations avec les fournisseurs et avec les salariés.
En réduisant la dépendance aux énergies fossiles, en valorisant les déchets comme ressources, en allongeant la durée de vie des produits, les entreprises industrielles renforcent leur capacité à produire durablement, réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre et gagnent en attractivité auprès de leurs clients, partenaires financiers et collaborateurs.
L’économie circulaire représente également un puissant moteur d’emplois et de lien social. En France, les activités liées à l’économie circulaire représentent déjà 3 % de l’emploi global, avec de nouveaux métiers qui émergent dans la réparation, le reconditionnement, l’ingénierie de la circularité par exemple.
3. Une pression règlementaire européenne et française croissante
La transition vers l’économie circulaire est encadrée par un arsenal réglementaire ambitieux, tant au niveau européen qu’au niveau national. Pour les directions d’entreprises, ignorer ces cadres législatifs, c’est s’exposer à des risques juridiques, financiers et réputationnels.
À l’échelle européenne, le Pacte vert pour l’Europe, présenté en décembre 2019 par la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, fixe l’objectif de faire de l’Union européenne le premier continent climatiquement neutre d’ici 2050. Il prévoit une réduction des émissions nettes de gaz à effet de serre d’au moins 55 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990. Dans ce cadre, le Plan d’action pour l’économie circulaire, adopté en mars 2020, constitue l’un des piliers centraux de cette stratégie. Il fixe des mesures tout au long du cycle de vie des produits, en particulier dans des secteurs fortement utilisateurs de ressources : l’électronique, le textile, la construction, les emballages, les batteries et les véhicules.
En France, la loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire — dite loi AGEC — a été promulguée le 10 février 2020. Composée de 130 articles, elle constitue un texte fondateur qui transforme le cadre légal de la production et de la consommation françaises. Elle s’inscrit dans la continuité de la loi relative à la Transition Énergétique pour la Croissance Verte de 2015, qui avait déjà reconnu l’économie circulaire comme un pilier du développement durable.
Ces cadres définissent la responsabilité des producteurs, des importateurs et des distributeurs qui émettent sur le marché produits et services.
Les filières de Responsabilité Élargie des Producteurs (REP), imposent de nouveaux standards d’informations à destination des consommateurs, et engagent les entreprises dans une transformation profonde de leurs pratiques de conception, de production et de gestion des déchets.
Comment mettre en œuvre les principes de l'économie circulaire ?
1. La modélisation du concept selon l'ADEME
L’ADEME — Agence de la transition écologique — a structuré l’économie circulaire autour de sept piliers répartis en trois grands domaines d’action complémentaires. Cette architecture est aujourd’hui la référence française pour appréhender et déployer une stratégie circulaire dans tout type d’organisation.
Ces trois domaines sont : l’offre des acteurs économiques (la façon dont les entreprises produisent et proposent leurs produits et services), la demande et le comportement des consommateurs (la façon dont les clients vont orientés leur comportement d’achat), et la gestion des déchets (la façon dont les ressources sont récupérées et réintroduites dans le cycle de fabrication). Voyons plus en détail les 7 piliers.
2. L'offre des acteurs économiques
- Le 1er pilier est l’approvisionnement durable. Il concerne directement le mode d’exploitation et d’extraction des ressources naturelles injectées dans la production. L’objectif est de privilégier des matières premières plus responsables, issues de matières recyclées, recyclables, locales, et de limiter l’impact environnemental des activités extractives et fortement émissives en gaz à effet de serre, qu’il s’agisse des mines, des carrières, de l’agriculture ou de l’exploitation forestière. Pour les acteurs économiques, cela se traduit concrètement par une politique d’achats responsables, intégrant des critères environnementaux dans la sélection des fournisseurs.
- Le 2ème pilier est l’écoconception. Il s’agit d’intégrer les critères environnementaux dès la phase de conception d’un produit ou d’un service. C’est un levier considérable : selon l’ADEME, 80 % de l’impact environnemental d’un produit se décide lors de sa conception. Éco-concevoir, c’est réduire les matières premières utilisées, choisir des matériaux recyclables, faciliter la réparation, anticiper la fin de vie. Le plan d’action européen pour l’économie circulaire souligne d’ailleurs que « jusqu’à 80 % des incidences des produits sur l’environnement sont déterminées lors de la phase de conception ». Pour connaître l’empreinte environnementale d’un produit ou d’un service, il est indispensable de réaliser une analyse du cycle de vie du produit ou service.
- Le 3ème pilier est l’écologie industrielle et territoriale (EIT). Il constitue un mode d’organisation interentreprises fondé sur des échanges de flux et une mutualisation de ressources à l’échelle d’un territoire : les déchets d’une entreprise deviennent les ressources d’une autre. Elle permet d’optimiser l’utilisation des ressources — matières, énergie, eau, équipements, expertises — dans une logique systémique. En France, l’écoparc ECOPAL de Dunkerque illustre l’un des plus grand projet d’envergure de l’écologie industrielle et territoriale.
- Le 4ème pilier est l’économie de la fonctionnalité. Il s’agit de vendre un service ou une performance plutôt qu’un produit. Le modèle « produit en tant que service » privilégie l’usage sur la possession. Pour une entreprise industrielle fabricante de machines ou d’équipements, cela peut signifier proposer une solution de location longue durée avec maintenance incluse, plutôt que la vente d’un équipement. Ce modèle incite le fabricant à concevoir des produits plus durables et plus réparables, puisqu’il conserve la responsabilité de leur performance dans le temps.
3. Les nouveaux comportements d'achat
- Le 5ème pilier est la consommation responsable. Il vise à sensibiliser et à engager les acheteurs BtoB comme BtoC à intégrer les impacts environnementaux dans leurs décisions d’achat. Pour les entreprises BtoB, cela se manifeste par la mise en place de politiques d’achats responsables et des allégations environnementales à destination de leurs parties prenantes. L’affichage environnemental est un dispositif visant à informer les consommateurs sur les impacts écologiques d’un produit ou d’un service tout au long de son cycle de vie, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la fin de vie.
- Le 6ème pilier est l’allongement de la durée d’usage. Il s’agit de prolonger la vie des produits via la réparation, le reconditionnement, la réutilisation. Ce pilier est au cœur des dispositifs mis en place par la loi AGEC : l’indice de réparabilité, le bonus réparation, l’interdiction de la destruction des invendus non alimentaires, ou encore les obligations d’information sur la disponibilité des pièces détachées. Pour les entreprises industrielles, intégrer ce pilier, c’est repenser les services après-vente, développer des offres de maintenance et de reprise, pour valoriser la durabilité de leurs équipements.
4. Une gestion des déchets optimisée et contrôlée
- Le 7ème pilier traite d’une meilleure gestion des déchets pour qu’ils deviennent à leur tout de nouvelles ressources, en étant réinjectés dans les processus de fabrication.
Dans le cadre d’une stratégie RSE globale, l’économie circulaire s’intègre naturellement dans la feuille de route RSE de l’entreprise. Elle répond aux exigences du pilier Environnement de la norme ISO 26000. Les résultats d’un bilan carbone présentent selon les situations, des recommandations en matière d’actions circulaires.
Qu'est-ce que l'économie circulaire ? Un peu d'histoire !
Selon l’ADEME, l’économie circulaire vise à optimiser l’utilisation des ressources et à réduire les déchets en favorisant des pratiques telles que le réemploi, la réparation, le recyclage. Accéder à la source >
1. Des ressources limitées, une prise de conscience
Publié en 1972, le fameux rapport Meadows, The Limits to Growth, commandé par le Club de Rome, alerte sur la croissance économique et démographique non soutenable. Le rapport Meadows modélise l’empreinte écologique humaine liée à son activité industrielle, l’évolution démographique, les besoins en ressources naturelles et alimentaires, la pollution engendrée. Le comité scientifique propose de s’orienter vers un développement durable écologiquement soutenable pour éviter le déclin des conditions de vie humaine et protéger son environnement.
En 2005, Ellen MacArthur défie la nature et devient la navigatrice en solitaire la plus rapide à avoir fait le tour du monde à la voile. Après un travail de recherche et d’analyse sur la société de consommation, la Fondation Ellen MacArthur est créée en 2010 pour accélérer la transition vers une économie circulaire.
Selon la fondation Allen Mac Arthur , l’« économie circulaire pourrait réduire les émissions mondiales de CO2 des matériaux de construction de 38% en 2050 ». Accéder à la source >
2. Les règlementations européennes et françaises en faveur d'une économie plus circulaire
Le Pacte vert pour l’Europe ou le Green Deal présenté en décembre 2019, est la feuille de route environnementale de la Commission européenne . Elle est définie par Ursula VON DER LEYEN, Présidente de la Commission européenne, mandat 2019/2024) comme « la nouvelle stratégie de croissance » de l’Union européenne. Le Green deal vise à lutter contre le réchauffement climatique et le greenwashing. Son objectif est de faire de l’économie européenne la première économie décarbonée d’ici 2050. Accéder à la source >
Le paquet « Fit for 55 » est un ensemble de propositions législatives de la Commission européenne pour atteindre la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui s’inscrit dans le Pacte Vert.
Le 11 mars 2020, la Commission européenne adopte un nouveau Plan d’action pour l’économie circulaire. Ce plan ambitieux propose des mesures tout au long du cycle de vie des produits : depuis la conception jusqu’à la gestion des déchets. Il met particulièrement l’accent sur les secteurs les plus utilisateurs de ressources — matériel électronique et TIC, batteries et véhicules, emballages, matières plastiques, textiles, construction et produits alimentaires.
Pour répondre aux exigences internationales et européennes en matière de transition énergétique et climatique, la France déploie des règlementations qui s’adressent aux entreprises. La France de dote d’une feuille de route en août 2015, appelée la Stratégie nationale bas-carbone. Il s’agit de la déclinaison nationale du Pacte vert européen.
Parmi les moyens mis en œuvre par le Ministère de la Transition écologique, l’économie circulaire, les produits et matériaux à faible empreinte carbone et à haute performance environnementale tout au long du cycle de vie sont recommandés .
Concernant la gestion des déchets, la feuille de route précise que l’éco-conception des produits, l’analyse du cycle de vie, le principe « Pollueur-Payeur », l’amélioration de la collecte et la valorisation des déchets sont une priorité nationale.
Enfin, la feuille de route nationale prévoit de déployer massivement le calcul et l’affichage de l’empreinte carbone sur les produits pour informer les clients et consommateurs en les sensibilisant massivement les à la « culture bas-carbone ».
La loi Anti-Gaspillage pour une Economie Circulaire du 10 février 2020, dite loi AGEC, acte la mise en place d’une filière REP – Responsabilité élargie des producteurs – appliquée aux produits et matériaux de construction du secteur du bâtiment à compter du 1er janvier 2023.
La commission inter-filières de responsabilité élargie des producteurs, visée au II de l’article L. 541-10 du code de l’environnement, est placée sous la responsabilité du Ministre chargé de l’environnement.
La loi AGEC s’articule autour de 5 axes : sortir du tout jetable, mieux informer les consommateurs, lutter contre le gaspillage et pour le réemploi solidaire, agir contre l’obsolescence programmée, mieux produire.
3. L'INEC, le think-tank dédié à l'économie circulaire
Créé en 2013, l’Institut National de l’Économie Circulaire (INEC) est le think tank de référence sur ces questions en France. Il fédère entreprises, fédérations, collectivités, institutions, associations, ONG et universités autour d’un objectif commun : accélérer la transition vers l’économie circulaire dans l’ensemble des secteurs d’activité. L’INEC produit des travaux de référence sur les politiques publiques, les bonnes pratiques sectorielles, et constitue un interlocuteur précieux pour les entreprises souhaitant s’engager dans cette démarche. Accéder à la source >
Conclusion
L’économie circulaire est bien plus qu’une conformité réglementaire ou une tendance de marché. Elle incarne une approche durable des activités économiques et sociales. Il est nécessaire de repenser le modèle d’affaire, introduire le concept de circularité, renforcer la chaine d’approvisionnements, de réduire l’empreinte environnementale et de construire des relations de confiance avec l’ensemble des parties prenantes, en particulier les clients et usagers finaux.
Pour les entreprises industrielles de la région Auvergne-Rhône-Alpes et au-delà, les opportunités sont considérables. Réduire la consommation de matières premières, valoriser les déchets de production, développer de nouveaux modèles économiques fondés sur l’usage plutôt que la possession, s’inscrire dans des dynamiques territoriales avec d’autres acteurs industriels : autant de leviers qui transforment une contrainte réglementaire en avantage compétitif durable.